Pagayer en toute sécurité : les bons réflexes à avoir

PAR BERNARD HUGONNIER, JOSIANE RIVEST
 
 
En canot ou en kayak de mer, la sécurité est l’affaire de tous. On pense à la noyade, mais il y a bien des incidents ou des blessures mineurs qui prendront une grande importance suivant l’isolement des lieux où vous vous trouverez. Le maître mot est prévention. Nous vous parlions auparavant de l’hypothermie, allons un peu plus loin en décortiquant la gestion de la sécurité.
 
 
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Crédit : Céline Palfroix, monitrice



Cette dernière se gère à trois niveaux :

→ L’individu

→ L’embarcation

→ Le groupe


Vous trouverez ensuite les spécifications pour chacun des plans d’eau praticables.
 
 

L’individu


Chaque participant est responsable de sa propre personne et éventuellement, de son équipier. Cela se traduira par une attitude préventive, d’autant plus si vous vous trouvez en région éloignée.

Prenez un cours sur les techniques de base et sur la sécurité. Vous progresserez plus rapidement et augmenterez ainsi votre plaisir. Vos randonnées seront plus agréables, plus faciles et vous pourrez accéder à un plus grand nombre de parcours. Vous serez aussi mieux outillés pour réagir à des situations imprévues. Afin de vous auto-évaluer sur votre niveau, voici deux grilles d'autoévaluation, canot et kayak de mer, qui vous permettront de mieux juger vos aptitudes. 

Ayez toujours l’équipement adéquat et les vêtements choisis en fonction de la température de l’eau.

Portez votre VFI
(Vêtement de Flottaison Individuel) en tout temps. Trouvez un modèle bien ajusté, il en existe de toutes sortes qui sont très confortables, pratiques et qui ne gênent pas vos mouvements. Assurez-vous d’acheter un modèle approuvé par les normes du Canada et privilégiez les couleurs voyantes : jaune, rouge ou orange. Prenez le temps de lire notre article sur le port du VFI afin d'être guidé dans votre achat.

En rivières, dans les rapides,
protégez votre tête en portant un casque : les roches sont plus solides que le crâne humain. Soyez prévenants, la météo change vite. Ne vous surestimez pas, votre groupe non plus et surtout, ne sous-estimez pas la puissance des éléments : vent, courant, vagues et eau froide. Nous vous conseillons de visionner les capsules vidéo de notre campagne Sur l’eau, ça va de soi.


Prenez le temps nécessaire lors de vos randonnées sur l'eau :

Faites deux portages au lieu d’un seul avec bagages et embarcation

Faites-vous aider
pour soulever de lourdes charges

Prévoyez une
pagaie de rechange.



L’embarcation


Assurez-vous qu’elle soit en bon état et appropriée à l’usage que vous en faites.

Mettez les
bagages lourds comme la nourriture dans le fond. Cela améliorera la stabilité tout en conservant mieux la nourriture grâce à la fraîcheur de l’eau. Le bagage ne doit pas pouvoir se déplacer en cours de route, même par fortes vagues. En canot, vous améliorerez considérablement votre stabilité en vous agenouillant.

À bord, prévoyez tout l’équipement minimum réglementaire. Consultez le Règlement sur les petits bâtiments élaboré par Transport Canada pour connaître la liste, selon votre embarcation.
 

Le groupe


Un minimum de trois embarcations vous assurera une plus grande sécurité. Tous les participants doivent connaître et accepter, avant le départ, les difficultés propres à la sortie et les mesures de sécurité à prendre. Assurez-vous que les leaders aient suivi un cours sur l’activité en question ou de sauvetage pour assurer la sécurité.

Désignez un chef de groupe compétent et respectez ses décisions. La discorde est la manière la plus sûre d’attirer les ennuis. En rivière, un chef de groupe n’oblige jamais une personne à franchir un rapide, mais il a le pouvoir de s’opposer à ce qu’elle le fasse s’il juge cela plus sûr pour elle ou le groupe.

Assurez une communication auditive constante entre les différentes embarcations et gardez les membres du groupe à portée de voix. En cas de vent, serrez les rangs et communiquez au sifflet si nécessaire. Le groupe doit respecter les connaissances techniques et les moyens physiques des plus faibles.

Les équipements de sécurité (trousse de premiers soins, matériels de réparation, etc.) doivent être proportionnels à la taille du groupe.
 
 

Dangers spécifiques et prévention

La prévention des accidents passe par l’identification des dangers auxquels vous vous exposez. Quels sont les dangers ?


En eau-vive (canot)

Les dangers propres à la rivière sont :
 

Les embâcles de bois ou de glace et les passoires, des arbres tombés en travers de la rivière, représentent un danger mortel car l’eau s’y infiltre et tend à vous y entraîner.
Prévention : passez toujours loin des arbres tombés dans la rivière, allez reconnaître les rapides. En dernier recours, hissez-vous sur l’obstacle au lieu de vous y agripper.

Les rappels sont des mouvements d’eau parfois présents au bas d’une petite chute ou d’un seuil. Contrairement aux rouleaux, ils provoquent peu d’écume, ce qui confond les débutants. En passant le dénivelé, la veine d’eau principale va vers le fond de la rivière et ressort parfois plusieurs mètres en aval, en créant une ligne de bouillonnement. Une partie de cette eau est rappelée vers la chute, ainsi que tout objet flottant qui s’y trouve. Pris dans ce piège, vous risquez la noyade.
Prévention : abstenez-vous et portagez. Si vous êtes pris, nagez avec l’eau de retour pour reprendre la veine principale (eau noire) et nagez dans le fond jusqu’en aval du rappel.

Les rochers surplombants ou les affouillements se retrouvent souvent dans les drossages (courbes brusques de la rivière) où l’action de l’eau a creusé la paroi. Par eau haute, le creux est invisible mais une partie de l’eau y est entraînée, ainsi que des branches qui peuvent s’y coincer.
Prévention : en observant l’obstacle, vous remarquez l’absence de coussin (éclaboussure lorsque l’eau frappe la roche). Passez toujours à l’intérieur du drossage.

Les siphons sont assez rares. Une partie de la rivière passe au travers ou sous un obstacle (roche, île, bras souterrain). Tout ce qui est entraîné par cette eau risque de rester bloqué. Les drains mis en place lors de la construction de routes peuvent créer ce phénomène, ainsi que les prises d’eau pour les conduites forcées.
Prévention : observation similaire aux rochers surplombants. Soyez attentif à l’approche des barrages et des chantiers de voirie.

Un pied coincé sous l’eau peut conduire à un drame en quelques minutes. Cette situation se produit quand, suite à un dessalage, vous tentez de reprendre pied en plein courant. Le pied étant coincé, le courant vous couche vers l’aval, empêchant tout dégagement. Une aide extérieure est nécessaire.
Prévention : nagez sur le dos en position horizontale le plus possible jusqu’à ce que vous puissiez toucher le fond avec les mains, que vous soyez en eau calme ou que vous touchiez le bord.
 
Si vous ne savez pas les reconnaître, ne vous aventurez pas dans les rapides ! Suivez une formation spécialisée en descente de rapides, tel que eau vive II ou une formation de base en sauvetage en eau vive. 
 


Reconnaître les rapides

Arrêtez suffisamment en amont, attachez le canot à la rive. Gardez votre VFI attaché et allez reconnaître les rapides depuis la rive, surtout si vous n’en voyez pas la fin. Gardez votre pagaie avec vous, elle vous fournira un appui supplémentaire dans les passages instables. Rendez-vous sur la berge et baissez-vous pour mieux évaluer la hauteur des vagues. Prenez des points de repère facilement identifiables de l’amont. Envisagez un parcours de repli (plan b). Évaluez les possibilités de récupérer un canot qui aurait dessalé.

Posez-vous la question fondamentale : est-ce que je suis prête ou prêt à descendre ce rapide à la nage aujourd’hui ? Répondez-y individuellement et honnêtement. Votre décision finale viendra alors d’elle-même. N’hésitez pas à faire un portage. Il est toujours plus facile de portager que d’effectuer un sauvetage !

Sachez vous arrêter. Si la journée a été éprouvante pour certains, envisagez de camper plus tôt, quitte à allonger la journée suivante.

Si vous dessalez :
Pensez à votre équipier si vous êtes en duo, placez-vous en amont de votre canot, à moins d’un danger imminent, restez en contact avec votre canot, observez la rivière en aval et agissez pour vous auto-récupérer. Prévention : suivez la formation canotage I afin d'adopter les bonnes techniques en cas de dessalage. 



Sur les lacs et autres plans d’eau (canot, kayak de mer)


Les grands lacs sont beaucoup plus dangereux qu’ils ne paraissent, méfiez-vous ! Un grain soudain peut déchaîner les eaux en quelques minutes, transformant un lac paisible en « mer » déchaînée.
Prévention : ne vous aventurez jamais au milieu d’un grand lac et surveillez le ciel.

La foudre, si elle touche un plan d’eau, fait toujours contact avec l’élément le plus élevé.
Prévention : en cas d’orage, mettez-vous à couvert et ne vous abritez jamais sous un grand arbre isolé.
 


 
 
 
La dispersion du groupe vous rend vulnérables, restez groupés. En cas de difficultés, les autres pourront vous aider rapidement et il sera plus facile de communiquer ou de vous regrouper en « radeau ».
Prévention : assurez une communication auditive constante entre les différentes embarcations. En cas de vent, serrez les rangs pour coordonner vos actions. Assurez-vous d’avoir un sifflet et une écope par embarcation.
 


 
 
 
Si vous chavirez :
Pensez à votre coéquipier dès que possible, restez accroché à votre embarcation, attendez du secours ou si la rive est à moins de 20 mètres, tentez de la rejoindre en remorquant votre embarcation. Prévention : suivez une formation de base en canot et/ou en kayak de mer pour connaître les bonnes techniques à adopter en cas de dessalage.



En milieu maritime (kayak de mer)

Lors de la planification de votre itinéraire, prenez en compte les dangers potentiels propres à cet environnement et souvent méconnus ou sous-estimés.

L’eau froide, que l’on retrouve en début et fin de saison sur les lacs et les rivières, mais toute l’année dans le fleuve Saint-Laurent. Un bain forcé peut provoquer l’hypothermie en quelques minutes avec des conséquences parfois dramatiques. Même s’il fait 30°C dehors, l’eau du fleuve après Québec est souvent autour de 5°C. L’hypothermie est un des plus grands dangers qui guette les amatrices et amateurs de plein-air. Prenez connaissance de notre article sur le sujet.

Le courant est souvent invisible quand on est sur l’eau. Si celui d’une rivière va toujours dans le même sens, en milieu maritime, avec les marées, le courant varie dans le temps. Il peut vous entraîner très loin de votre itinéraire ou retarder votre progression.
 
 
 
 
 
Le vent devra toujours être un facteur déterminent dans la planification de votre journée. Il risque de se lever soudainement et de provoquer de fortes vagues parfois déferlantes. Il aura, en plus, un effet de dérive similaire au courant et pourra abaisser rapidement la température ambiante.
 


 
 
 
Le brouillard se dissipe habituellement vite sur les lacs, mais il arrive très vite aussi et peut durer plusieurs jours en zone maritime.

Le transport maritime est intense sur la voie maritime du Saint-Laurent. Les cargos qui y circulent doivent respecter un chenal précis. Leur capacité de manœuvre pour vous éviter est nulle, c’est donc à vous de changer de route. L’équipage de ces gros bateaux ne vous détecte pas sur son radar, ne vous voit qu’à deux milles par temps clair et vous perd de vue si vous êtes à moins d’un demi mille devant lui.

Les autres plaisanciers ont des droits et des devoirs tout comme vous. Pour éviter les risques d’abordage (collision), soyez vigilants et assurez-vous d’être bien vu ou entendu. À cet effet, la couleur de votre embarcation et de votre VFI peut jouer un rôle important. Le jaune, l’orange, le rouge clair et le blanc sont les couleurs les plus voyantes sur l’eau. Les appareils de signalisation doivent toujours être à portée de la main.

Les conditions météo sur le plan d’eau sont souvent très différentes et habituellement plus difficiles que celles rencontrées à terre. Assurez-vous de bien les connaitre et de les comprendre, et préparez-vous au pire.


Attitudes préventives en milieu maritime : assurez-vous d’avoir la compétence et le matériel nécessaires pour y faire face. Les kayakistes qui désirent faire des sorties de plusieurs jours doivent, de plus, maîtriser les notions liées à la météorologie, à la navigation, à l’orientation, aux communications radio et aux procédures d’urgence. Préparez-vous adéquatement en suivant au minimum une formation de base en kayak de mer.