Les dangers de l'hypothermie

PAR BERNARD HUGONNIER, JOSIANE RIVEST

 
Le plus grand danger qui guette les amateurs de plein-air n’est pas un carnivore, un reptile ou un animal enragé. Ce n’est pas non plus une chute malencontreuse, un rapide tumultueux ou une corde qui casse. Le plus grand tueur d’amatrices et amateurs de plein-air est tout simplement l’hypothermie.
 
 
 

 

Celle-ci survient quand votre corps perd plus de chaleur qu’il n’en crée. Si elle n’est pas traitée rapidement, l’hypothermie peut être fatale.

C’est durant le printemps et l’automne que l’on compte le plus grand nombre de cas d’hypothermie. Et en ce début de saison, nous vous invitons à lire attentivement les recommandations qui vont suivre.

Le corps humain perd sa chaleur 24 fois plus vite au contact de l’eau que de l’air (à une même température). Il n’est donc pas étonnant que l’on soit susceptible de tomber en état d’hypothermie après quelques minutes d’immersion en eau glacée. Même en juillet, une baignade dans les eaux du fleuve Saint-Laurent, 4 à 6 °C, entrainera une perte complète de dextérité en moins de 5 minutes. Toute chance d’auto récupération devient impossible ce qui peut entrainer la mort après une immersion de 15 à 20 minutes.

Le froid n’est pas toujours seul en compte. La conjugaison de plusieurs facteurs tels l’eau, le vent, la fatigue, la faim et la déshydratation sont les facteurs favorisant le plus l’hypothermie.

Médicalement, l’hypothermie est une diminution anormale (2 °C) de la température centrale du corps humain. Sur le terrain, une bonne connaissance des signes et symptômes sera votre meilleure alliée.

 
 

Traitement

Il est important de connaître les mécanismes de défense du corps pour mieux l’aider à se réchauffer :

37 °C : température du corps normale

36 °C : la première réaction de défense du corps humain est le frisson. En contractant les muscles à la base des poils, le corps augmente la production de chaleur face à la surface de la peau. Si nous étions encore aussi velus que nos lointains ancêtres, cette réaction nous permettrait de gonfler notre fourrure comme le font les animaux. Ce premier indice devrait vous inciter à agir (bougez, habillez-vous, protégez-vous du vent ou de la pluie, mettez-vous au sec, portez une tuque, un chapeau ou un foulard)

Si la chute de température se poursuit, le corps met en mouvement des muscles plus puissants, par spasmes incontrôlés : c’est le grelottement. En plus des correctifs précédents, il est important de fournir du “combustible” au corps, sous forme d’aliments énergétiques, riches en hydrates de carbone et en sucre (fruits secs, barres de céréales, miel) et de boissons chaudes.

Dans le même temps, la circulation sanguine diminue fortement dans les membres, en commençant par les extrémités (vasoconstriction), ce qui provoque une perte de dextérité et des problèmes mineurs de locomotion.

35 °C : confusion et perte d’orientation (temps, espace) Le corps se met en mode “survie” en attendant du secours extérieur et concentre la chaleur sur les organes vitaux. Les tremblements ont cessé et la circulation sanguine diminue fortement dans les membres. Il est capital de ne pas interpréter l’arrêt du tremblement pour un retour à la normale. La victime entre alors en phase avancée. Sans aide extérieure pour refaire sa chaleur, son état ne peut que se dégrader.

Placer la personne dans un sac de couchage, isolée du sol. Une boisson tiède et sucrée mais non alcoolisée et sans caféine aidera son corps à se réchauffer de l’intérieur vers les extrémités. Une gourde d’eau chaude placée aux aisselles ou l’aine aura un effet similaire. Vous pouvez aussi lui faire respirer la vapeur d’eau au-dessus d’un chaudron d’eau très chaude. Ne frictionnez pas la victime, vous favoriserez la dilatation des vaisseaux de surface et le retour de sang “froid” vers le centre du corps.

34 °C : amnésie et perte de coordination. L’auto récupération devient impossible. La dextérité n’existe plus et la coordination est hasardeuse, provoquant des gestes maladroits et non coordonnés, des pertes d’équilibre et des chutes. La victime a besoin d’une aide urgente et doit être évacuée au plus vite vers un centre hospitalier. Protégez-la contre les pertes de chaleur, assurez-vous qu’elle respire bien et qu’elle reste éveillée.

33 °C : arythmies. Rigidité musculaire.

30 °C : inconscience.
28 °C : fibrillation ventriculaire.
24 °C : mort. Passé l’étape précédente, les réactions de la victime deviennent incohérentes. Puis elle devient somnolente, perd progressivement conscience puis meurt.
 
 
Prévention 
 

La meilleure défense contre l’hypothermie est encore la prévention : il faut prévoir toutes les conditions climatiques possibles pour toujours avoir les vêtements adéquats.

Méfiez-vous de l’eau froide, même si la température extérieure est très chaude. Habillez-vous en fonction de l’eau, vous pourrez toujours vous rafraîchir.

En cas d’intempéries, portez plusieurs chandails minces en laine polaire ou en polyester et un imperméable. Votre VFI est également un bon isolant, gardez-le bien ajusté sur votre corps. Portez une tuque en laine polaire, sachez que 50 % des pertes de chaleur se font par la tête et par la nuque.

Grignotez souvent des aliments riches en hydrate de carbone (sucre à la crème carré aux dattes, gâteux aux fruits, fruits secs, bonbons)

Arrêtez-vous pour vous reposer, manger et vous réchauffer avant que les symptômes d’hypothermie n’apparaissent.

Prévoyez un itinéraire qui ne vous éloignera pas de la rive.

En cas de dessalage en eau froide, sortez de l’eau rapidement et ayez des vêtements de rechange chauds et secs.

 
 

Bonnes randonnées sur l’eau et prudence en eau froide !