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Rivières menacées


Message de la FQCK

Certains pays sont dotés de montagnes grandioses, d’autres de luxuriantes forêts tropicales, d’autres encore, de cathédrales construites dans la nuit des temps. Le Québec, lui, est riche de ses rivières ! 

Le réseau hydrographique du Québec est unique au monde. Nos rivières confèrent à notre terre certains de ses plus beaux paysages. Elles sont de plus témoins des liens uniques rattachant les Québécois à leur pays et à leur patrimoine. Mais quel sort réserve-t-on aujourd’hui à ces grandes voies d’eau du passé qui accueillent encore aujourd’hui, par milliers, les pagayeurs, les pêcheurs et les villégiateurs ? 

Barrages, digues, détournements. Détournements, digues, barrages. Comme on coupe nos forêts à blanc, on harnache ici les rivières à blanc. Depuis 1996, la nouvelle politique énergétique du Québec a sonné l’assaut final sur les dernières grandes rivières inviolées et sur les plus belles chutes du sud de la province. Le gouvernement invite Hydro-Québec et les producteurs privés à produire davantage d’électricité, à des fins d’exportation. Les politiques d’économie d’énergie sont simultanément délaissées. Un seul mot d’ordre : harnacher. 

Posez-vous la question : avez-vous déjà vu de vos yeux une rivière du Québec libre de toute entrave ? Si oui, parmi ces rivières, lesquelles seront demeurées inviolées d’ici 20 ans ? Tout un patrimoine de notre génération et des générations futures est en voie d’être perdu. Une rivière harnachée est une rivière défigurée à jamais. 

Le temps presse. La population du Québec doit manifester son opposition à la nouvelle politique énergétique. Il appartient à chacun d’agir. Il en va de l’intégrité d’un fleuron de la géographie du Québec.

Engagement de la FQCK

La Fédération québécoise du canot et du kayak lutte depuis plus de 30 ans pour la préservation des rivières du Québec. 

La Fédération représente les intérets des amateurs de canot et de kayak de mer, et généralement de tous les amoureux des rivières. C'est ainsi qu'elle intervient auprès des organismes publics et des entreprises dont les décisions ou les actions affectent la pratique des activités nautiques non motorisées. La Fédération entreprend des actions pour le maintien des cours d'eau dans leur état naturel et le respect de l'environnement. 

Depuis la déréglementation de la production énergétique en 1996, plus de 500 rivières sont menacées de harnachement ou de détournement à des fins de production hydroélectrique. Les plus belles rivières navigables du Québec figurent à ce triste palmarès. Elles qui n'ont cessé de faire la joie des canoteurs, des kayakistes, des pêcheurs et autres amateurs de plein air, perdront à jamais la beauté de leurs parcours intouchés.

Projets de harnachement

Dans son Plan stratégique 1998-2002, Hydro-Québec décrit ainsi l'une de ses stratégies : « Augmenter significativement les ventes d'électricité sur l'ensemble des marchés au Québec et hors Québec ». En accord avec cet objectif, en 1999, la société d'État a obtenu de l'Office national de l'énergie la permission d'exporter 6000 MW supplémentaires d'électricité. Cela représente 20% de la puissance actuelle de la société d'État. Ce n'est sûrement pas dans ses réserves qu'elle puisera !

Quelques points de repère...

Plus de 500 rivières sont répertoriées pour leur potentiel hydroélectrique, parmi lesquelles on retrouve des parcours favoris des canoteurs et kayakistes. 

« Le Québec compte 106 centrales hydroélectriques, localisées sur 30 rivières. Cela signifie que sur un total de 525 rivières répertoriées dans les études de potentiel hydroélectrique, un peu moins de 6 % sont aménagées pour fins de production hydroélectrique. Environ les deux cinquièmes du potentiel économiquement aménageable selon les critères de classement actuels concernent justement des rivières déjà touchées par le développement hydroélectrique. La difficulté ne réside donc pas dans la rareté de la ressource, mais provient plutôt de la nécessité d'établir un consensus social sur le développement des cours d'eau ». 

L'énergie au service du Québec - Une perspective de développement durable, Gouvernement du Québec, 1997. 

 Au nombre des rivières complètement transformées par le développement hydroélectrique passé figurent la Manicouagan, la Sainte-Marguerite, la Betsiamite, la rivière aux Outardes, la Péribonka, la Saint-Maurice, la rivière La Grande, la rivière des Outaouais, la Portneuf, Manouane,Toulnustouc et la Caniapiscau. De nombreuses autres rivières sont partiellement mutilées telles que la Eastmain, la Gatineau en aval et en amont du barrage Mercier (réservoir Baskatong), la Shipshaw, la Kiamika et la Portneuf (Côte-Nord).
 
 Au nombre des rivières menacées par des projets courants d'Hydro-Québec figurent les rivières : Sault-aux-Cochons, Kipawa, Mégiscane, Gatineau, Carheil, aux Pékans, Romaine, Saint-Jean, Rupert, Batiscan, Pikauba et aux Écorces. Le projet longuement contesté visant la rivière Ashuapmushuan, un bijou de notre patrimoine naturel, a également refait surface.

 Des dizaines de rivières sont convoitées par les producteurs privés. Au printemps 1999, le gouvernement du Québec a déposé un projet de loi à l'Assemblée nationale afin de hausser de 25 à 50 megawatts la puissance des centrales hydroélectriques sur lesquelles les producteurs privés détiendront désormais un monopole. Une « petite » centrale de 50 MW n'est pas petite : elle dépasse même en importance la centrale Rivière-des-Prairies, très visible de la piste cyclable qui longe le nord de l'île de Montréal. Sur le plan international, d'ailleurs, on applique généralement le qualificatif « petit » à des centrales de moins de 10 MW.
 
Quelques rivières menacées...

Romaine
Sheldrake
Rupert
Sault-aux-Cochons
Manouane
Batiscan
Kipawa
Gatineau
Écorces et Pikauba
Rouge
Mistassini
Manitou
Shipshaw                

        Centrale de moins de 10 MW sur la     
        rivière Portneuf,  au lieu d'une magnifique
        
chute, ce n'est pas rien !

 

Il est encore temps

Nous avions une rivière
Si fière de son débit,
Son courant invincible
Défiait toutes les saisons.

Nous avions 100 rivières
De coeur sauvage, d'humeur changeante,
Noyant à grande eau chaque jour
Les blessures infligées par la drave.

Nous avions 1000 rivières
À nulle autre comparables,
Richesse à léguer, patrimoine à chérir,
Sur leurs veines profondes, quel plaisir naviguer!

Pollution, barrages, constructions,
Rien n'arrête la destruction,
Et la menace pèse encore
Sur ce qu'il reste du trésor.

Ceux qui rêvent de forêts de béton
Voient l'occasion de saisir le courant,
Ils détruiront sans le moindre sanglot
Le paradis de l'eau vive grand ouvert aux canots.

Rives d'hier demain inondées
Souvenez-vous des cours d'eau de nos jeunes années :
Dans notre mémoire coulera toujours
Le sang noir de leurs veines jugulées.
Le barrage achevé, les turbines tournent seules
Où sont les emplois qu'on a fait miroiter ?
Bénéfice en poche ils sont maintenant loin,
Les profiteurs, à supputer d'autres gains.

Des barrages par milliers,
Des rivages dévastés,
Tant de rivières harnachées,
Tout un peuple arnaqué.

Le ravage doit être stoppé
Laissons notre colère éclater
Aux décideurs, aux élus,
Crions en coeur, criez :

Laissez nos rivières couler en liberté !

Sophie DeCorwin
©Sophie DeCorwin, 1997

 

 

 


  
 
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